C’est un partenariat à la pointe de la modernité entre la commune de Bélâbre et les Trobadors qui va permettre de découvrir le contenu d’une trentaine de carnets écrits il y a un siècle, retraçant toute la vie de ce soldat berrichon mort au combat, que personne n’a jamais lus.
La maison ayant été vendue en 2020, il a fallu organiser le déménagement de la « chambre du poilu ». Les nouveaux propriétaires ont en effet fait don de l’intégralité de son contenu à la commune de Bélâbre. Michel Jouanneau, missionné par le conseil municipal pour gérer ce dossier, a réalisé un inventaire de plus de 570 objets qui s’y trouvaient, figés dans le temps depuis la mort d’Hubert Rochereau, pendant la Première Guerre mondiale, le 25 avril 1918, âgé de 22 ans.
« On va vers une destination inconnue »
En fouillant la chambre, dans une malle métallique, Michel Jouanneau a découvert une pile de carnets. En tout, il y en avait près de quarante. « Ils étaient entourés de feuilles de lauriers, indique-t-il. Sûrement pour éviter que les pages ne jaunissent. » Les parents d’Hubert Rochereau ne parvenant pas à faire le deuil de « ce fils qu’ils vénéraient au-delà de tout », son père s’est lancé, dans les années 1920, dans la retranscription de toute la correspondance de leur fils, depuis l’âge de trois ans, et jusqu’à la veille de sa mort.
L’idée : faire retranscrire le contenu de ces cahiers vieux d’un siècle par une intelligence artificielle.
Dans le premier cahier de 98 pages, le père raconte les premières années de la vie de son fils. À ce jour, personne ne connait le contenu de la collection. « J’ai lu le premier, confie Michel Jouanneau, et l’écriture est lisible, assure-t-il, mais ce serait trop compliqué de relire et retranscrire tout ça nous-même. C’est trop fatigant, et ça prendrait beaucoup de temps. » Heureusement, le hasard fait bien les choses, et la mairie de Bélâbre a pu se lancer dans un partenariat avec Samuel Exley, cogérant de la structure castelroussine Les Trobadors.
Un projet très chronophage
C’est en travaillant sur un projet de traduction d’articles sur la chambre du poilu vers l’anglais que Samuel Exley a découvert cette histoire. De là est née l’idée d’un projet pour faire retranscrire le contenu de ces cahiers par une intelligence artificielle. « Le premier gros travail à faire a été de prendre en photo chaque page du manuscrit, avec une light box », explique Samuel Exley, avant de pouvoir les importer dans un logiciel européen spécialisé, Transkribus. Ligne par ligne, page par page, le logiciel retranscrit le texte. « Ensuite, il faut relire et corriger. Chaque page me prend environ 15 minutes de travail », précise Samuel Exley.
Avec déjà une vingtaine de pages retranscrites mardi 22 avril 2025, il prévoit d’en avoir fait une centaine avant la fin du mois, pour qu’elles puissent être relues et corrigées, et servir à entraîner le modèle d’intelligence artificielle. « C’est du “machine learning”, indique Samuel Exley en anglais, sa langue maternelle. C’est pour qu’il s’améliore, qu’il reconnaisse mieux l’écriture, et devienne plus performant. »
Si cela fonctionne comme il le souhaite, il devrait y avoir beaucoup moins d’erreurs sur les centaines de pages suivantes, et l’opération devrait être de plus en plus rapide. Côté calendrier, « on va vers une destination inconnue. En théorie, ça devrait être plus rapide, mais il faut déjà photographier toutes les pages », explique-t-il. Le tout devrait être photographié avant l’été.
Par JEANNE TESSON
Publié le 27/04/2025 à 16:01
mis à jour le 27/04/2025 à 16:34